Choisir, c’est renoncer
Mar 12, 2026
"Choisir c'est renoncer." C'est une phrase que mon père m'a souvent répétée depuis que je suis petite. Et je vais être honnête : pendant longtemps, elle me paralysait. Parce que le renoncement, ce n'est pas vraiment mon créneau. Moi, j'avais plutôt tendance à m'accrocher encore et encore, jusqu'à la fin.
Mais en accompagnant des femmes sur leur vie amoureuse depuis plusieurs années chez Self Love Project, j'ai réalisé que cette difficulté à choisir, et donc à renoncer, est l'une des choses les plus fréquentes et les plus silencieuses qui bloquent une vie amoureuse.
Pas parce qu'on ne sait pas ce qu'on veut. Mais parce qu'on a peur de fermer des portes. Peur de se tromper. Peur que la prochaine option soit meilleure que celle qu'on a choisie.
Ce que je vais te dire dans cet article, c'est que cette peur-là dit quelque chose de précis sur toi. Et que comprendre ce qu'elle dit, c'est le premier pas pour en sortir.
💡 Avant de continuer : Si tu veux faire le point sur ce que tu acceptes dans tes relations, le test des miettes peut être un bon point de départ.
Ce que "choisir c'est renoncer" veut vraiment dire
Choisir c'est renoncer est une réalité objective. En choisissant une personne, tu renonces aux autres. En choisissant de rester, tu renonces à partir. En choisissant de partir, tu renonces à ce que vous auriez pu construire.
Il n'y a pas de choix sans renoncement. C'est une loi du réel, pas une punition.
Le problème, c'est qu'on confond souvent choisir avec perdre. Comme si renoncer à une option voulait dire qu'on s'ampute de quelque chose qu'on aurait dû garder. Alors on reste dans l'indécision en se disant que ne pas choisir, c'est encore avoir tout. Mathieu ou Guillaume. Rester ou partir. Investir ou continuer à tester.
J'ai vécu ça. J'ai hésité pendant plusieurs mois à quitter une relation. Et avec du recul, je peux dire que cette période d'indécision a été bien plus difficile que la décision elle-même. En choisissant de partir, j'ai renoncé. Mais je me suis aussi ouvert de nouvelles portes.
Pourquoi on reste dans l'indécision
Derrière la difficulté à choisir en amour, il y a presque toujours l'un de ces trois mécanismes :
- Le FOBO (Fear of Better Option) : C'est la peur de passer à côté d'une meilleure opportunité. C'est un mécanisme qui s'est considérablement renforcé avec les applications de rencontre et la culture du swipe infini. Quand on a l'impression que les options sont infinies, comment fermer une porte sans se demander si la suivante n'aurait pas été la bonne ? Les phrases qui reviennent le plus souvent : "Et si, en choisissant cette personne, je passais à côté d'une relation encore plus belle ?" ou "Je me demande toujours si je ne peux pas trouver mieux ailleurs." Ce ne sont pas des caprices. C'est une vraie paralysie.
- La croyance qu'il existe UNE bonne personne : Si tu portes en toi l'idée qu'il y a une personne parfaite qui t'attend quelque part, chaque choix devient une loterie. Tu passes ton temps à te demander si celle qui est devant toi est LA bonne. Et comme tu ne peux pas en être sûre, tu n'y vas pas vraiment. Mais une relation, ça ne se trouve pas. Ça se construit à deux. Ce n'est pas le fruit du destin, c'est le résultat d'une énergie qu'on met en commun pour la faire grandir.
- Le besoin de se protéger : Ce mécanisme est plus subtil. Rester dans l'indécision peut être une façon de se protéger. Si tu ne choisis pas vraiment, tu ne peux pas vraiment te tromper. Tu ne prends pas de risque. Tu ne t'exposes pas à la déception ou à la souffrance. Et pendant ce temps, tu continues à attendre que quelque chose se décide sans toi.
Le lien entre l'estime de soi et la peur de choisir
C'est là où ça devient intéressant, et c'est ce que j'observe le plus souvent dans mon travail de coaching.
Quand on creuse avec les femmes qui ont du mal à s'engager ou à choisir un partenaire, la première explication qu'elles donnent c'est souvent "je ne sais pas ce que je veux" ou "j'ai peur de me tromper". Mais en allant plus loin, ce qu'on trouve, c'est quelque chose de plus profond : un manque d'estime de soi qui les empêche de se sentir légitimes à choisir.
Parce que choisir, c'est aussi se positionner en évaluatrice. C'est passer de la question "est-ce qu'il/elle me trouve bien ?" à "est-ce que cette personne peut me convenir pour une relation ?"
Ce renversement de regard semble simple. Il ne l'est pas. Il demande de se sentir suffisamment bien dans sa peau pour se croire légitime à évaluer plutôt qu'à attendre d'être validée.
Quand l'estime de soi est insuffisante, on reste en position de candidate. On espère être retenue. On ne s'autorise pas vraiment à observer l'autre et à décider si cette personne nous convient. Et du coup, le choix ne se pose jamais vraiment, parce qu'on est trop occupée à vouloir plaire.
Il y a aussi quelque chose du côté des miettes. Quand on n'a pas suffisamment d'amour pour soi-même, on accepte ce qu'on nous donne, même si c'est peu. Et dans ce cas, "choisir c'est renoncer" devient une phrase qui fait peur parce que renoncer à des miettes, même mauvaises, c'est se retrouver face au vide. Face à soi.
Comment sortir de l'indécision sans se forcer
La réponse n'est pas de se forcer à choisir. Se forcer crée une décision qui n'est pas vraiment la tienne, et tu reviendras dessus.
- Demande-toi ce que l'indécision te coûte vraiment : Pas ce que le choix te coûterait, mais ce que l'absence de choix te coûte. En termes d'énergie, de temps, de sérénité. Parce qu'on est tellement focalisée sur ce qu'on perd en choisissant qu'on oublie ce qu'on perd déjà en ne choisissant pas.
- Rappelle-toi que tu passes déjà à côté d'opportunités : Tu passes à côté d'une opportunité quand tu ne t'impliques pas dans une relation naissante par peur de laisser de côté toutes les autres. Les opportunités ne sont pas uniquement celles qui ne se sont pas encore présentées. Celle qui est là, devant toi, en est une aussi.
- Sors du fantasme pour te confronter à la réalité : Une relation qui n'existe que dans ta tête aura toujours l'air plus belle qu'une relation réelle, parce que dans ta tête, tu peux la contrôler. La réalité, c'est moins confortable. Mais c'est là que les vrais choix se font.
Et si l'indécision persiste malgré tout ça, c'est souvent le signe qu'il y a quelque chose à aller travailler en profondeur : une peur de souffrir, un schéma répétitif, une croyance sur ce que tu mérites. Ces choses-là ne se règlent pas seules. C'est exactement le travail qu'on fait dans le coaching collectif Rencontre(s).
Envie d'aller plus loin ?
Si tu veux savoir où tu en es dans ta façon de choisir et d'accepter ce qu'on te donne, commence par faire le test des miettes. C'est un excellent miroir pour faire le point.
Questions fréquentes sur la difficulté à choisir en amour
Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à m'engager même quand la relation est bonne ?
La difficulté à s'engager dans une bonne relation est souvent liée à la peur de se tromper ou au FOBO. Si la relation est vraiment bonne mais que tu n'arrives pas à t'y investir pleinement, la question à se poser est : qu'est-ce que l'engagement représente pour toi ? Est-ce que c'est la perte de liberté ? La peur de souffrir si ça finit ? L'impression que choisir cette personne ferme définitivement toutes les autres portes ? Chaque réponse est une piste à explorer.
Comment savoir si c'est vraiment la bonne personne ?
La bonne question n'est pas "est-ce que c'est la bonne personne ?" mais "est-ce que cette personne est disponible, alignée avec ce que je cherche, et est-ce qu'on construit quelque chose de réel ensemble ?" La bonne personne au sens absolu n'existe pas. Une relation qui fonctionne, ça s'évalue sur la durée, dans le réel, pas dans le fantasme.
Est-ce que choisir c'est vraiment renoncer, ou est-ce qu'on peut avoir les deux ?
On ne peut pas avoir les deux au sens strict. En choisissant une personne, on renonce aux autres. En restant dans l'indécision, on ne profite d'aucune vraiment. Ce n'est pas du pessimisme, c'est une réalité qui libère quand on l'accepte : le choix, même imparfait, est toujours plus nourrissant que l'entre-deux.
Est-ce que la peur de choisir disparaît avec le temps ?
Pas toute seule. La peur de choisir est souvent liée à l'estime de soi et à des croyances sur ce qu'on mérite ou sur ce qu'est une relation. Ces choses-là ne s'effacent pas avec le temps, elles s'effacent avec du travail. La bonne nouvelle, c'est qu'elles peuvent vraiment évoluer.